L’argentine légalise l’avortement après quinze ans de lutte féministe

Dans les rues de Buenos Aires, les manifestantes crient leur victoire, fruit d’une longue lutte contre le néoconservatisme et le poids de l’Église de Rome dans les pays d’Amérique latine. Il s’agit d’une bataille victorieuse contre un bastion largement enraciné dans les valeurs éternelles, mais il s’agit d’une quinzaine d’années de mobilisation de la société profonde qui ont réussi à arracher aux traditionalistes le droit de disposer de son propre corps. L’opinion argentine est divisée sur cette légalisation. Or, il vaut mieux une société fractionnée sur des enjeux dignes et ouvrant la voie à des libertés naturelles et fondamentales qu’une société étant privé de ces différents droits au nom d’un puritanisme et de croyances archaïques. En effet, l’ouverture au droit à l’avortement permet aux femmes opposées à l’avortement de garder le fœtus jusqu’à sa naissance.

EMILIANO LASALVIA / AFP

Ainsi, la vague verte argentine est porteuse d’un espoir dépassant les frontières. La luth féministe universaliste et internationaliste aura un impacte sur les autres pays. La luth féministe universaliste et internationaliste aura un impacte sur les autres pays. Pendant ce temps-là, il faut tout de même affirmer que cette conquête sociale soit le fruit d’une mobilisation qui aura duré presque une quinzaine d’années.

Pendant que l’hymne des femmes continue de résonner dans les pays en voie de développement, elle porte en elle un avenir meilleur basé sur une égalité de droit, de devoir et de charge mentale entre les deux sexes.

Lorsque des graines sont semées, son entretien par une détermination absolue permet de récolter les fruits d’une longue révolte. L’obstination résulte d’un engagement d’une génération de partisanes. Mais il s’avère que malgré les différentes crises politiques et économiques que l’Argentine a pu subir, les combattants pour le droit à l’avortement n’ont pas lâché une portion de leur lutte. Au contraire, ils ont persévéré dans la direction du progrès. Une lutte sans concession aux conservateurs de tout bord a abouti d’une certaine façon à une logique opiniâtre dans la défense de leurs droits fondamentaux qui se résume au droit à la maîtrise de leur propre corps. Dans le même temps que la vague réactionnaire s’abattait sur l’ensemble du globe entraînant des reculs innombrables en matière droits naturels, il s’agit d’envoyer un message très fort au niveau des pays d’Amérique du Sud. L’heure est à la joie et à la récompense d’un mouvement réformiste et progressiste s’étant acharnée pendant plus d’une dizaine d’années.

Toutefois, le chemin pour la garantie d’une égalité “réelle” entre les femmes et les hommes semble être très long. En effet, l’imprégnation très profonde au sein de ces sociétés des questions de l’ordre du mystique et du divin génère un véritable frein à toutes les évolutions et les différents progrès nécessaires pour basculer dans l’ère hypermoderne. Le pouvoir au sein de cette République Fédérale vacille par les différents “putschs démocratiques et judiciaires” que subit l’ensemble de la région. Est-ce que finalement, il s’agit d’un autre message envoyé aux conservateurs que l’ère de Donald Trump commence à trébucher. Les progressistes en s’opposant vis-à-vis des extrémistes “pro-life” génèrent un clivage naturel entre deux visions du monde.

Les uns soutiennent le Monde Libre, les autres soutiennent les thèses créationnistes sur fond d’un obscurantisme racinaire. Récemment, j’écoutais Neil Young à travers la chanson Rockin’ in the Free Word. Cette chanson nous rappelle que nos libertés et les droits fondamentaux sont le fruit d’un combat ardu pouvant être violent entre ces deux conceptions pour aboutir à un “mode de vie” tel que nous l’avons actuellement. Or, la liberté selon le modèle latin émerge dans un certain universalisme comme ce fut le cas dans les années 1848. Cette soif d’émancipation a débuté dans le Vieux-Continent, puis plus d’un siècle plus tard, s’est développée sur l’ensemble du continent.

En Amérique Latine, la question de l’avortement reste particulièrement tabou et génère des crispations également entre les peuples, mais aussi entre les nations. Le président de la république fédérative du Brésil actuel a déclaré sur les réseaux sociaux que

Je suis profondément désolé pour les enfants argentins, dont la vie peut être désormais fauchée dans le ventre de leur mère avec le consentement de l’État

REUTERS/Pablo Stefanec

Les fondamentalistes y voient déjà des assassinats de masse pour ne pas dire une forme de “génocide” à l’encontre des fœtus. Or, le fœtus au stade de quatorze semaines d’aménorrhée n’est qu’un embryon ressemblant étrangement à un ver de terre. Les partisans du mouvement “pro-life” considère que la vie ne commence pas à l’acte de naissance comme événement qui apporte la vie, mais que cela se situe pendant les premières de la gestation du fœtus. La question de Dieu intervient régulièrement de telle sorte qu’une alliance burlesque s’est réalisée entre les évangélistes et les catholiques pour s’opposer à toutes les réformes promouvant de près comme de loin l’avortement. Ils se sont serrés les bras pour une cause commune afin d’éviter que l’avortement soit légalisé en Argentine. En effet, les chrétiens soutiennent que la vie est un don de Dieu selon les différents textes théologiques, mais aussi en se basant sur une certaine grille de lecture obscurantiste de la Bible. En effet, la Bible à travers l’Ancien Testament et le Nouveau Testament a été rédigée entre le septième siècle avant Jésus-Christ et le premier siècle de notre ère. De ce fait, l’interprétation est réalisée par un anachronisme de fond. Ils essayent de mettre en place une société basée sur des règles datant de plus d’un millénaire. Ainsi, le mouvement “pro-life” s’inscrit dans un contre-sens de fond puisque les avortements clandestins mettent en danger la santé des femmes lorsque celles-ci la pratiquent dans des conditions sanitaires déplorables. Une contradiction de fond apparaît dans leur raisonnement notamment sur la défense du “droit à la vie”. En effet, les avortements clandestins tuent chaque année une femme toutes les sept minutes dans le monde. Dès lors, le mouvement “pro-life” apparaît comme fondamentalement meurtrier et sanglant.

Enfin, les prochaines semaines risquent d’être très compliquées pour les partisans adeptes d’une “contre-révolution” généralisée sur l’ensemble de la société argentine. Mais la mobilisation ultraconservatrice se poursuivra devant les cliniques ou les hôpitaux pour tenter d’intimider les femmes désireuses d’avorter tout comme la multiplication de sites internet censés donner l’accès à des informations, mais dans une logique de convaincre et persuader la personne désireuse de stopper sa grossesse de ne pas avorter. Le combat pour le droit à l’avortement n’est jamais terminé, chaque victoire nécessite d’être renforcée afin que la conquête devienne un acquis immuable.

Blogueur & Journaliste indépendant | Militant Communiste

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