Le nouvel an se situe entre pragmatisme et utopisme

Nous vivons dans une époque de plus en plus dystopique à tout point de vue. L’utopie et la magie des fêtes de fin d’année se sont transformées en véritable catastrophe au cours de cette pandémie où les clusters apparaissent régulièrement sur l’ensemble du territoire tel une traînée de poudre.

Je critique ouvertement les principaux responsables de cette situation : les consommateurs de viande, d’œufs et de produits laitiers. Cela nous ramène également à notre condition de militant pour la cause animale. À notre échelle, nous sommes entièrement impuissant face à une majorité de consommateurs s’étant goinfrée d’aliments qu’ils n’ont pas l’habitude de manger hors du cadre particulier de ces fêtes. Ce rare moment de bonheur se réalise sur un fond de souffrance animale sans précédent, mais aussi sur une condition ouvrière dans les différents abattoirs d’Europe et du Monde. Bref, le tableau éthique dans lequel nous vivons apparaît comme particulièrement macabre.

Pendant ce temps-là, les vœux se succèdent les uns à la suite des autres soit par messages ou soit par des appels. Ils nous souhaitent le meilleur pour l’année qu démarre et surtout en mettant fin aux différents problèmes auxquels nous avons été confrontés au cours de l’année précédente. Mais ce ne sont que des souhaits et ils n’engagent à rien du fond de la personne qui les envoie. Il s’agit plutôt d’une tradition qu’une démarche personnelle de la personne. De plus, à travers l’ère technologique dans laquelle nous situons, les messages individualisés qui nous sont adressés deviennent de plus en plus rare. Cela témoigne également d’une course à la montre. Le temps est devenu précieux au sein de notre société. Raoul Vaneigem écrivait dans l’un de ses poèmes :

La vie s’écoule, la vie s’enfuit
Les jours défilent au pas de l’ennui

Nous sommes rentrés dans une certaine forme d’aliénation de la condition humaine. Le conformisme rattrape de nombreux individus. De façon mécanique et automatique, il suit les règles et les codes de conduite que la société impose pour son bon fonctionnement. De ce fait, les choses les plus rudimentaires, comme l’envoie de courrier, de courriel, par des messageries instantanées de façon individualisée, se perdent progressivement. Dès lors l’ascendant de la technologie se traduit par une sorte de névrose collective, mais aussi se transcrit par l’éloignement progressif dans les échanges entre les concitoyens. Ainsi, notre époque devient de plus en plus démentielle au regard de ce qu’elle génère comme dérives.

Le démarrage d’une nouvelle année est porteur d’une aspiration nouvelle propre à chaque individu. La liste de souhaits que nous voulons pour opérer notre propre changement sur soi se manifeste par des résolutions. Certaines d’entre elles peuvent paraître radicales, mais les “promesses n’engagent que ceux qui y croient” comme le disait Jacques Chirac de son vivant. On peut dire que les “bonnes résolutions” n’entraînent aucun engagement. De ce fait, elles font partie du folklore des fêtes de fin d’année. Toutefois, la réalisation de ces désirs se matérialise rarement sauf dans des cas exceptionnels.

Ensuite, les superstitions des uns et des autres tendent à penser que l’année qui démarre sera meilleure que la funeste année 2020. Pourtant, il s’agit d’un leurre et de quelque chose d’artificiel. En effet, l’année qui arrive demandera de sacrés efforts afin de surmonter différentes crises : économique, sanitaire et démocratique. Il va falloir se battre pour les philosophies libérales afin de sauvegarder et de protéger par tous les moyens qui nous offrent à nous qu’ils soient légaux ou même illégaux. En effet, l’année 2021 sera une année offensive sur le droit des travailleurs, des chômeurs, des précaires, des retraités, etc. Si j’admets que le libéralisme n’est pas vraiment pas tasse de thé, la démocratie libérale permet tout de même de reprendre des valeurs universelles comme le parlementarisme, la séparation des pouvoirs et des élections libres où les partis politiques ne sont soumis sous le contrôle de l’Etat.

Pourtant, il existe au fond de nous une certaine espérance dans un avenir meilleur même si la crise économique et sanitaire vont s’enraciner durablement dans le paysage politique. Ces deux crises conjuguées les unes aux autres apparaissent comme un véritable cauchemar pour chacun d’entre nous.

Pour de nombreux citoyens, la soirée du réveillon de la Saint-Sylvestre a rimé avec de l’alcool à flot et de la drogue sous un fond sonore plus ou moins fort. Il s’agit pour une partie de la population d’oublier les problèmes de l’année précédente qui fût particulièrement morose et de fêter le renouveau dans un cadre traditionnel. Les vœux et les embrassades sous les coupes de champagne laissent apparaître un certain paradoxe. Nous souhaitons toujours le meilleur pour nos proches comme une sorte de réflexe automatique qui se situe dans notre inconscient. Mais il existe un fossé entre ce que nous voudrions et ce qu’il se réalise. Factuellement, les vœux restent gravés dans l’imagination. Cependant, nos rêves et nos inspirations demeurent encore tolérés par le pouvoir exécutif en place puisqu’ils ne peuvent être soumis aux règles du marché. L’autoritarisme sert à faire taire les opposants, mais cela n’empêchera quiconque de penser et de songer. Ainsi, l’Etat n’a d’autres moyens que de s’assurer que le marché régisse : l’emploi, le prix des produits, les valeurs boursières, etc.

Cette confiance de façon absolue pour le modèle actuel reste entièrement chimérique. Il s’agit parfois d’une certaine fantaisie de croire en certains rêves. D’autant que l’utopie qui nous anime pour “le monde libre” varie d’un individu à un autre. Mais les circonstances actuelles ne sont pas les meilleurs pour être un “self-made-man”. En effet, un rêve peut tourner rapidement au cauchemar dans nos sociétés où le néolibéralisme semble être victorieux. Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, les “gagnants” de la guerre froide se sentent en roue libre en soutenant un discours thatchérien lui-même inspiré de Hayek.

Pour qu’une économie de nature mixte puisse fonctionner, il semble nécessaire de l’articuler autour d’un nouveau contrat social. Le modèle actuel en construction depuis une quarantaine d’années s’avère être un échec. À travers les différentes réformes successives affligées pendant quasiment un demi-siècle, la situation économique n’a pas véritablement connu une forte période expansion de son économie, mais plutôt une phase de faible croissance avec un chômage endémique et structurel. Nous pouvons toujours hypothéquer sur le sort de l’économie française (tout comme d’autres économies appliquant les mêmes méthodes politico-économiques), mais la chute se rapproche dangereusement. En effet, les piliers fondamentaux de la République Française sont en train de céder les uns après les autres. Après la fête qui aura duré toute la nuit, l’heure du rangement a sonné et du retour à une rigueur faite d’une main de fer à prévoir.

Nous allons devoir affronter trois ouragans d’une ampleur que la jeune génération n’a jamais connu. En effet, la crise économique conjuguée à la crise sanitaire risque de faire de générer une crise politique absolue même si le parti majoritaire à l’Assemblé National dispose du monopole pour faire voter les lois et les ordonnances. Ainsi, cela va créer de sacrés dégâts sur le plan social, économique et sanitaire remettant de fond en comble l’ensemble du mode de vie à la Française.

L’espérance dans une nouvelle société où tout changerait pour aspirer à un progrès de fond se traduirait par le fait d’une croyance dans une expérience inédite et moderne. Or, nous ne sommes pas à Libertalia, mais au sein de la République Française. Le modèle choisit à la Révolution Française ne fut pas celui d’un Etat fédéral, mais celui d’un Etat unitaire sous influence du jacobinisme. Mais cette perspective aurait pu déboucher sur une République Fédérale comme ce fut le cas aux Etats-Unis d’Amérique. Si le pays devient de plus en plus autoritaire, rien ne nous empêche de penser et de rêvasser. Heureusement que les révolutionnaires ont inscrit dans le marbre des Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : la liberté de penser sinon cela ferait depuis longtemps que nous aurions basculé dans l’horreur.

Nous pouvons encore avoir le droit de rêver puisque ce dernier n’est pas soumis aux différentes règles des marchés. De ce fait, la pensée n’est pas marchandable contrairement à d’autres libertés qui peuvent être restreintes. Pendant ce temps-là, d’autres marchés comme celui de l’emploi, sur l’équilibre des prix entre l’offre et la demande, les valeurs boursières seront clairement déstabilisés par les facteurs exogènes à ces derniers. Le calvaire pour tous les économistes se solde par l’installation sur une longue période d’une stagflation voir d’une déflation selon certaines années, c’est-à-dire une inflation basse ou négative avec une croissance faible comme ce fut le cas au Japon dans les années 1990 malgré un assouplissement quantitatif très important.

La société que j’imagine et que j’essaye de construire article après article semble n’être qu’un projet futuriste par rapport au monde dans lequel je vis. Lorsque je me projette sur un way of life plus apte à satisfaire les besoins de chacun en respectant la faune et la flore, je me dis que je suis un idéaliste.

Ensuite, il semble nécessaire de mettre une certaine dose d’espoir en avant tout en s’accrochant à ses idées politiques afin de faire “table rase du passé” pour construire la société de demain. Je crois et je l’espère qu’elle s’inscrira dans un projet socialiste libertaire pour nous emmener vers le communisme au lieu de cela, nous fonçons tête bêche vers un modèle néolibéral construit sur l’individualisme méthodologique, dont l’aboutissement n’est autre que le libertarianisme. Le caractère politique de mes batailles devient nécessaire et permet justement de remporter des petites victoires afin de renverser le capitalisme qui n’est qu’un colosse aux pieds d’argile. Cela me procure de l’adrénaline de voir le lent effondrement du capitalisme même si cela doit prendre des dizaines d’années ou plusieurs siècles.

À l’heure où “la galette des rois” va se vendre dans les boulangeries et les patisseries comme des petits pains, l’atmosphère redescendra progressivement. Dès ce moment précis, les habitants du globe reprendront le chemin de leur vie quotidienne avec une espèce de “train-train” journalier. Il paraît qu’une autre perspective fait vivre, mais dans ce dessein, il existe une petite part permettant à la réalisation des différents rêves que nos concitoyens se sont fixés tout comme des promesses afin d’améliorer leur qualité et leur niveau de vie.

Enfin, la nouvelle année risque de démarrer sur les chapeaux de roue avec un conflit social intense notamment en ce qu’il concerne “la loi de sécurité ‘globale’”. La défense de l’idéal démocratique et républicain intervient à un moment clef où la Nation cherche un politicien providentiel afin de remettre sur les rails la Nation et la faire sortir la tête de l’eau. Dans le même temps, les élections présidentielles se rapprochent au rythme d’un cheval au galop. Il s’agira d’une année de tous les dangers. Derrière le retour à la routine, des enjeux colossaux pèsent sur l’Hexagone, mais aussi sur la stabilité de l’Union Européenne. Mais face aux différentes professions de foi, les concitoyens devront choisir entre le pragmatisme et l’utopie.

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Blogueur & Journaliste indépendant

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