L’arrivée de Joe Biden, fermera-t-elle l’ère éphémère de Donald Trump ?

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Les résultats de l’élection américaine ne sont pas contestables à tous les points de vue. L’ancien vice-président de Barack Obama est devenu le nouveau président des Etats-Unis d’Amérique. L’arrivé à la tête de la présidence d’un démocrate dans tous les sens du terme fermera-t-elle l’ère du trumpisme ? Cette question demeure fondamentale. Le passage du slogan fasciste “America First” au slogan multiculturel “America is Back” draine désormais une population vers le progrès. Le néoconservatisme d’une époque où l’Amérique était dirigée par une personne excentrique semble être révolu. Deux Amériques s’affrontent dans les faits. L’une s’inscrit dans la défense de l’Union et l’autre est nostalgique de la Confédération. L’épopée “autant en emporte le vent” semble désormais totalement révolue.

Dans le même temps, les libertariens qui soutenaient la reconduite de Donald Trump à la présidence des États-Unis d’Amérique subissent une lourde défaite sur le plan idéologique. La baisse des impôts et la défection de l’État dans les affaires publiques comme privées ont largement été rejetées par les électeurs. De plus, les théories de Lysander Spooner comme de Murray Rothbard ont été vues comme celles de fondamentalistes. D’autant que la mise en pratique de telles thèses n’a pas empêché les Etats-Unis d’Amérique d’entrer en récession bien avant que la crise sanitaire vienne frapper le plus vieil allié de la France. Dans ces conditions présentes, ce n’est pas le niveau de l’impôt ou la taille des prélèvements obligatoires qui génère la crise, mais les différentes bulles spéculatives et les différents ajustements sur les marchés afin que les valeurs des actions soient à leur juste valeur en fonction de l’offre et de la demande. En effet, la relance budgétaire promise s’inscrit dans une vision diamétralement opposée à celle du “laisser faire” et de “la main invisible” d’Adam Smith. Dans cette bataille d’économiste, on peut dire que Keynes remporte une grande victoire puisque son analyse de l’économie politique sera mise en œuvre sous la présidence de Joe Biden.

L’attente d’un président ayant du charisme, mais aussi de la maturité tout comme de la prise de hauteur dans ses actes était attendue dès que Donald Trump a pris le pouvoir. En contournant les médias à travers les réseaux sociaux, le président sortant a donné un signal très alarmant à la liberté de la presse. Dans le monde libre, les paroles du Président de la République impactent la vie publique et politique. La méfiance grandissante vis-à-vis des journalistes professionnels a créé une ambiance malsaine. La rhétorique constante de la “fake news” à propos de telle ou telle information générait un danger pour les journalistes. L’Amérique de Donald Trump voulait des journalistes qui soient à ses bottes et non des journalistes libres de leurs pensées et des rédactions indépendantes. Le néoconservatisme s’est violemment attaqué aux différents reporters pour reconstruire une histoire plus favorable aux décisions qui étaient prises. Ce conflit incessant s’est caractérisé par le fait que “l’agent orange” à la tête de la maison blanche finalement par une remise en cause du premier amendement.

Dans le même temps, le néoconservatisme installé par Donald Trump s’est raccroché aux mythes créationnistes. Dans ce genre de raisonnement, l’approche sur l’avortement ne pouvait qu’y être hostile. Ainsi, le mouvement “pro-choice” a largement combattu l’obscurantisme et le ringardisme durant près de quatre ans avec les outils à leur disposition notamment en soutenant la décision de la cour suprême. En effet, l’arrêt “Roe v. Wade” a permis la légalisation sur l’ensemble du sol américain l’avortement. Les militants “pro-life” se battent dès lors pour restreindre au maximum l’accès à ce droit fondamental. Pourtant, Amy Coney Barrett a succédé à la juge féministe Ruth Bader Ginsburg. Les démocrates perdent dès lors la majorité à la plus haute instance juridique du pays. L’un des verrous absolus permettant le contrôle constitutionnel des décisions risque d’empêcher Joe Biden de mener à termes toutes les différentes réformes réparant d’une part les dégâts causés par le trumpisme et d’autre part de permettre aux Américains de vivre dignement en remettant sur pied le modèle libéral au sens noble du terme, loin de la pratique dévoyée par l’équipe sortante.

La question du complotisme dans la campagne a énormément joué en faveur de Joe Biden. En effet, le mouvement QAnon a été la goutte ayant fait déborder le vase. La question de la gestion de la politique sanitaire a été cœur du débat. Les partisans de la science face aux partisans des théories eugénistes et conspirationnistes ont pointé les failles d’un système de santé totalement obsolète quand il s’agit de gérer une pandémie. Une partie de l’Amérique profonde n’a pas supporté les différentes mesures restrictives comme le confinement sous prétexte que cela nuisait les libertés économiques. Dans le même temps, les Etats-Unis d’Amérique subisse de plein fouet la crise sanitaire avec des centaines de milliers de morts. Les conditions sont réunies pour que l’Amérique paye un lourd tribut en termes de victimes de la crise sanitaire, et cela, dans un égoïsme intégral des néoconservateurs.

Dans le même temps, la crise sanitaire a accéléré la crise économique. Le système tant vanté par Friedrich Hayek ou Milton Friedman s’est écroulé tel un château de cartes. En ne cotisant pas à des organismes tiers concernant le chômage, cela génère certes des salaires plus élevés par rapport à la France, mais dans le même temps, ils ne cotisent pas pour un système mutualisé ou assurantiel leur permettant d’avoir accès au salaire différé dans le temps sous forme d’indemnités journalières pour la santé ou une allocation chômage leur permettant de subsister à leurs besoins le temps de retrouver un autre emploi ou d’accéder à une formation pour une reconversion. Ainsi, les entreprises ont licencié à tour de bras afin de ne pas mettre la clef sous la porte selon la justification néolibérale qui aurait pu se résumer à licencier pour mieux embaucher. De ce fait, des millions d’Américains se sont retrouvés au chômage du jour au lendemain par des méthodes très radicales, mais finalement fonctionnant comme le marché le désirait. L’espoir laisse place à une désespérance dont l’horreur ne cesse de croître. Joe Biden devra faire face à la plus grande crise économique du siècle. La tâche sera ardue. En effet, les Américains devront reprendre le chemin de l’emploi que celui de la banque alimentaire. Pour paraphraser Sir John Hicks, il y a eu une crise du keynésianisme dans les années 1970 où la courbe de Philipps ne fonctionnait plus. Entre temps, le keynésianisme a laissé place au néo-keynésianisme avec une approche très similaire de la Théorie Générale. Au cœur d’une nation très innovante, il faudra des solutions sortant de l’ordinaire afin que la confiance dans l’économie revienne et que le cercle vertueux de la croissance reprenne ses droits.

Pour l’oncle Joe, il faudra refonder “le rêve américain” et renouveler l’american way of life. La division d’une Amérique profonde s’est soldée également par une mise en évidence d’un racisme au sein de la population, mais aussi des nombreuses bavures policières. À travers, la diffusion de la technologie au sein de la population et l’effet boule de neige dans les réseaux sociaux, l’Amérique s’est retrouvée très divisée sur les questions ethniques et raciales. Le mouvement Black Live Matter ayant commencé sous Barack Obama a perduré face à une Amérique s’étant radicalisée dans les thèses les plus extrémistes et ouvertement raciste. L’ancien président a tenté toutes les stratégies pour semer le chaos et créer la discorde. Ses discours n’ont pas été sans conséquence. En effet, l’attentat de Charlottesville est une des émanations de la base électorale et militante de Donald Trump. En soufflant sur les braises et en distillant la haine à tour de bras, des personnes sont décédées dans des circonstances qui auraient pu être évité si Donald Trump avait été le président de tous les Américains et non le président d’une partie de l’Amérique en confrontation voir en guerre contre une autre Amérique.

L’espoir de voir Joe Biden à la tête de la présidence de la première puissance du monde demeure une bonne nouvelle pour les progressistes de l’ensemble du globe. La vague réactionnaire qui s’internationalisait avec Jair Bolsonaro, Benyamin Nethanyaou ou encore Viktor Orban semble avoir pris un sacré coup dans les reins. De plus, le programme de relance de Joe Biden permettra de relancer une Amérique au bord de la faillite en raison des baisses d’impôts afin de relancer la croissance, mais ces dernières n’étaient compensées par aucune mesure fiscale. L’ère Trump s’incarne également par le retour des amoureux de la démocratie et de la liberté. Le rêve américain sous Trump devenait quasiment impossible et s’inscrivait dans un certain cauchemar où l’égalité des chances comme l’ascenseur social a été figé par la captation de la richesse par la classe la plus riche.

Toutefois, l’alternance entre le GOP et les Démocrates ne laisse guère de doute sur la volonté de garder le leadership au niveau de la scène internationale là où Donald Trump a largement collaboré avec la Russie de Vladimir Poutine afin d’accéder au pouvoir. Dans le même temps, la vision américaine proposée par le futur président tend à modérer la position géopolitique avec une personne qui ne soit pas impulsive comme l’a été la “limace orange” au cours de sa mandature. En effet, le contournement des règles et des normes tout comme le mépris vis-à-vis de la presse et des journalistes sera clos. Pour les “démocrates” de tout bord politique, il s’agit d’une bonne nouvelle. Il s’agit également d’un signal très puissant pour les régimes illibéraux, le renversement de la présidence et des ministres reste possible, mais cela demande une lutte acharnée face à des personnes sans foi, ni loi.

Enfin, l’arrivée d’un catholique comme ce fut le cas pour John Fitzgerald Kennedy à la maison blanche signe une certaine rupture dans le paysage politique et confessionnel, mais sonne également le tocsin pour les évangélistes et autres extrémistes de la Bible. Joe Biden devra prêter serment certes sur une Bible comme le veut la tradition afin de prendre en main les fonctions de la présidence de la République pour les quatre futures années. Mais on peut dire que la relève démocrate est assuré, mais il ne faudra pas qu’il trahisse les promesses auxquelles il s’est engagé, le slogan “America is Back” doit faire écho au “Yes We Can” de Barack Obama.

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Blogueur & Journaliste indépendant

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