Histoire du Royaume-Uni dans sa course à la souveraineté absolue

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On peut se questionner de l’intérêt initial de l’entrée dans la Communauté Économique Européenne du Royaume-Uni. En effet, à l’heure où le Royaume-Uni rentre dans l’ère post-Brexit, son Histoire durant le XXe siècle permet de mieux saisir l’idéologie qui anime le Royaume-Uni dans sa course à la souveraineté, mais aussi du choix d’un libéralisme à la carte, tout comme des différents enjeux géopolitiques qui en ressortent tout comme les différentes conséquences politico-économiques des choix des différents gouvernements qu’ils soient conservatistes ou travaillistes.

En début du XXe siècle, l’apogée du libéralisme renforcé sous l’époque victorienne est révolu et les thèses de Malthus censées réduire la pauvreté en mettant en œuvre une politique de réduction de la natalité pour les classes populaires et notamment le “lupenprolétariat”.

L’industrialisation de l’Europe de l’Ouest et de ce qui deviendra la première puissance du monde s’accélère malgré des crises monétaires et financières de durée plus ou moins longues. L’application des thèses d’Adam Smith semble relever d’un discours où le “laisser faire” s’enracine progressivement. Le Royaume-Uni est vu comme un paradis libéral au même stade que les Pays-Bas. Les différentes économies se libéralisent progressivement.

Le XXe siècle s’inscrit dans une nouvelle course démarrée le siècle précédent à travers l’organisation d’empire sur fond de colonialisme agressif. Dans le même temps, les États-Unis d’Amérique s’enfoncent profondément dans la doctrine Monroe.

La question de l’impérialisme tel qu’elle fut décrite par les économistes libéraux avant de devenir un terme universel à travers la rédaction du livre de Lénine “impérialisme : stade suprême du capitalisme”. La course aux matières précieuses permettant de faire fonctionner les industries des pays occidentaux s’installa dans le paysage politique. Ainsi, les États étaient en lutte permanente les uns contre les autres à travers des entreprises et des succursales. Lors de cette course à l’instauration de l’empire Britannique, le Commonwealth est l’Union des États où le soleil ne se couche jamais.

De nombreuses crises comme celle de Tanger en 1905 opposant la République Française à de Guillaume II alors empereur allemand. Face à une situation qui se dégrade : la France, la Grande-Bretagne et la Russie forment une alliance militaire sous le nom de Triple Entente à travers un accord conclu le 31 août 1907. Les rivaux ont pendant ce temps-là un temps d’avance, puisque la Triplice a été formée par un accord le 20 mai 1882. Toutefois, cela n’empêche pas la crise d’Agadir de 1911. Cette dernière génère une tension très importante entre l’Empire Allemand et la République. Pour de nombreux historiens, il s’agit des prémices de la première guerre mondiale.

La guerre a débuté le 4 août 1914 suite à l’invasion de l’empire allemand sur la Belgique. Les autres pays comme la France ont suivi ce mouvement après l’assassinat de Jean Jaurès le 30 août 1914. Dans le même temps, le mouvement ouvrier se mobilise largement pour éviter une véritable boucherie entre frères de lutte.

Dans le même temps, l’Union subit la révolution irlandaise en même temps que la révolution russe. L’Irlande du Sud obtient son indépendance suite à une guerre d’indépendance entre 1919 et 1921. Elle décide de construire son modèle sur celui d’une République. Toutefois, l’Irlande sera divisée entre l’Eire et l’Ulster. La séparation se réalise sur la question de la foi, les Irlandais du Nord sont protestants alors que les Irlandais du Sud sont catholiques. De ce fait, l’Irlande devient un État, dont la réunification se fait toujours attendre encore de nos jours. Elle reste une des revendications du Sinn Fein. Ce dernier est le parti politique issu de l’IRA après la déposition des armes de cette dernière.

Entre temps, la crise de 1929 entraîne une période de récession très importante dans le monde libre. En effet, les théoriciens classiques estimaient que “la reprise était au coin de la rue” pour paraphraser Hoover. Or, la crise s’est installée durablement dans le paysage économique et politique des pays industrialisés. Les économies ne redémarraient point malgré des efforts demandés et des politiques d’austérité. L’interventionnisme de l’État était mal vu au nom des “libertés économiques”. Pourtant, le rôle régulateur de l’État dans le cadre d’une économie de marché ne fonctionnait pas en raison de l’absence d’un marché stabilisé et incapable la route. Dans le même temps, les bourses se sont effondrés les unes après les autres suite aux faillites des différentes banques. Les achats d’actions à crédit par des particuliers conduisirent à une bulle spéculative importante. La dette des banques étaient supérieur à leur fond propre, mais aussi des fonds des particuliers.

Dans ce contexte, le “Black Tuesday” génère un krach boursier où l’indice du Dow Jones s’effondre de près de 22 % en trois jours. Différentes émeutes éclatent afin que les propriétaires des titres d’action récupèrent une partie de la somme qu’ils ont investie dans les actions. De nombreuses banques subissent un “bank run” où elles ne sont pas en capacité de rendre l’argent aux dépositaires. Or, ce phénomène conduit inexorablement à la faillite d’un pan entier du système bancaire américain ayant pour conséquence un effet majeur sur les économies du globe. À cette époque, la théorie du “to Big to Fail” prédominait dans le corpus littéraire des libéraux. Les pays considérés comme des “terres promises” du libéralisme n’échappent pas à cette règle. La “grande récession” provoque des conséquences majeures au niveau économique, social et politique.

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À l’aube d’une économie où les traités de libre-échange foisonnaient entre les États, le basculement vers un autre modèle économique devenait inévitable afin de protéger le capitalisme d’une chute inexorable et de la menace que faisait planer le socialisme et notamment le spectre du communisme.

Dans le même temps, la bank of England a pour but la promotion de générer un système économique stable et un certain équilibre au niveau de la monnaie. Toutefois, la Bank of England demeure une banque centrale sous l’égide du privé. Elle ne sera nationalisée qu’en 1946.

À ces origines, le Gold Standard de 1914 avait pour but de créer un système monétaire international. L’un des intérêts dans celui-ci réside dans le fait qu’il permet de maintenir l’inflation puisque la quantité d’or ne varie que faiblement d’une année sur une autre. Ainsi, pour les économistes classiques, il s’agit d’une assurance pour la stabilité au niveau des valeurs de la monnaie. Pourtant en 1931, la Bank of England s’émancipe de sa convertibilité en or lui permettant d’actionner un des leviers économiques fondamentaux à travers la dévaluation montataire. Mais l’abandon du Gold Exchange Standard aboutira de 1922 s’oriente autour de trois zones monétaires : le bloc Sterling de 1931, la zone dollars en 1933 et la zone bloc-or la même année. Mais les accords de Bretton Woods en 1944 remettent en place le Gold Exchange Standard basé sur le dollar américain.

Durant, la période de l’entre deux guerres, la structure étatique se transforme progressivement vers un “welfare state”. En effet, l’élargissement des compétences de l’État entraîne de facto une hausse de la dépense budgétaire. En 1931, James Ramsay MacDonald forme un gouvernement d’Union National après avoir eu un soutien minoritaire de la part des travaillistes. Son programme est inspiré des vieilles recettes de l’orthodoxie libérale. Les résultats sont catastrophiques puisque le taux de chômage augmente, les inégalités progressent et la dette croît sans générer des gains de productivité. Il décéda en 1937 lors d’une traversée de l’Atlantique pour rejoindre l’Amérique Latine.

Durant cette période de flottement parlementaire, le fascisme s’enracina profondément au sein du paysage britannique. La remise en cause du système parlementaire s’inscrit dans l’ensemble des mouvements autoritaires de cette époque. En effet la crise sociale, économique et politique que traversait le Royaume-Uni exaspérait profondément une partie de la population, dont les plus conservateurs d’entre eux. Toutefois, le Parlement britannique ne céda pas face à la montée des tensions politiques.

Pendant ce temps-là de l’autre côté de l’Atlantique, le libéral Hoover a laissé sa place à Franklin Roosvelt. La politique du “New Deal” s’inspira largement des différents travaux de Keynes. Le “welfare state” à l’Américaine naquit dans une Amérique profondément marquée par la Grande Dépression.

Ensuite, sur la question de la gestion de la Seconde Guerre mondiale, la machine économique s’est transformée en économie de guerre. En effet, il s’agissait de recentrer les activités de l’État au-delà que l’aspect régalien. Ainsi, les entreprises ont davantage eu accès aux différents marchés de la part du Royaume-Uni. Cette industrie de guerre a tourné à plein régime afin d’abattre une bonne fois pour de bons les idées nationalistes et le nazisme comme le fascisme. Les efforts que Winston Churchill a demandés aux Britanniques furent considérables et se résument à une citation célèbre :

Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur

Winston Churchill et une partie du peuple britannique ont versé une partie de leur sang pour que l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui puisse être un havre de paix, c’est-à-dire que les guerres entre les pays ne puissent plus exister. La rivalité entre la France et le Royaume-Uni s’est éteinte le temps d’une alliance de fond. La défense des valeurs démocratiques est devenue un enjeu majeur pour l’Occident. Dans la foulée de la défaite des régimes autoritaires d’Europe, la Société Des Nations est transformée dans l’Organisation des Nations unies.

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Ensuite, le modèle Outre-Manche s’inspire de “la Théorie Générale” de Keynes pour relever un pays au bord du chaos et très endetté. En effet, elle s’élève jusqu’à 200% de son PIB et frôlera les 250% du PIB aux cours de la Seconde Guerre mondiale. Keynes ne verra pas de son vivant la reconstruction de différents pays selon la théorie qu’il avait rédigé avant la Seconde Guerre mondiale. L’économie de guerre a fortement endetté les pays Occidentaux.

La crise du pétrole de 1973 propulse le Royaume-Uni dans un état critique se soldant par la crise obligataire de 1974. Il s’agit d’une crise fondamentale dans le keynésianisme. Les prix s’envolent, mais le chômage suit aussi cette trajectoire. Cette inflation par la demande a laissé place à une inflation par l’offre dans un pays se situant dans une situation critique assez similaire à celle de la Grèce au début de la crise de la dette souveraine. Dans le même temps, le Royaume-Uni intègre la Communauté Économique Européenne (CEE). Le Général de Gaulle dans une conférence de presse du 27 novembre 1967 déclara que le

Marché commun incompatible avec l’état du Sterling tel que l’on mis en lumière, de nouveau, la dévaluation, ainsi que les emprunts qui l’ont précédés, qui l’accompagnent. L’état du sterling aussi, qui se conjuguant avec le caractère de la monnaie, de monnaie internationale qui est celui de la Livre et les énormes créances extérieures qui pèsent sur elle, ne permettrait pas qu’elle fasse partie actuellement de la société solide et solidaire et assurée où se réunit le Franc, le Mark, la Lire, le Franc belge et le Florin.

Pendant que le Royaume-Uni s’enfonce dans une crise qu’il n’est plus en mesure de gérer et de la contrôler, les conservateurs se tiennent au carrefour pour riposter avec un programme drastique visant à diminuer de façon draconienne la dépense publique, mais aussi de relever les taux d’intérêt de la Bank of England. Il s’agit d’appliquer dans les faits les différentes théories de Friedrich Hayek notamment dans “la route de la servitude”. Son œuvre majeur se traduit par un manifeste libéral. Il a pour objectif de redynamiser les libéraux pour tourner une page économique qu’ils considèrent comme largement sombre. En effet, elle débouche sur une crise économique de grande ampleur. Le terrain est largement préparée par les Torries. Au sein de la Communauté européenne, l’heure n’est plus tellement à l’avantage comparatif de Ricardo afin que chaque pays se spécialise, mais plutôt à l’heure de la concurrence libre et non faussée au sein du marché unique.

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Margaret Thatcher pris le pouvoir en 1979, le Royaume-Uni s’enfonce dans une crise où personne ne semble être en mesure de faire sortir les Britanniques la tête de l’eau. Ainsi, la fin du protectionnisme, la libéralisation à marches forcées de l’économie, les privatisations comme les fermetures des mines de charbon résultent d’un régime tenu par un autoritarisme sans concession. Les réformes sont appliquées les unes après les autres impactant l’ensemble de la population.

La politique de la CEE devait suivre les empreintes de la révolution néoconservatrice. De ce fait, au travers du slogan “i want my money back” devant les représentants des autres pays s’enclenche un début de rupture entre les membres de la communauté ayant signé le Traité de Rome et le Royaume-Uni. Cette prise de position marquera le début d’une relation électrique entre le Continent et le Royaume-Uni. De ce fait, le divorce via le Brexit a débuté sous l’ère de Thatcher.

Dans ce contexte, elle s’attaque également à la CEE alors que son pays venait d’y entrer quelques années plus tôt. Cette contradiction s’inscrit dans une volonté de maîtriser la souveraineté sur tous les pans où c’est possible. Elle progresse dans les pas de Winston Churchill sur la question de l’indépendance de l’Union vis-à-vis des autres pays. Dans les faits, Margaret Thatcher souhaitait un Traité de Rome à la carte. Face aux différentes mesures votées à la Chambre des Communes comme des Lords, la stabilité et “les libertés économiques” retrouvées se tournaient sur un enjeu majeur.

La défiance de la “dame de fer” vis-à-vis de la CEE commençait à battre la mesure. Les Torries commençaient à douter du bénéfice que leur apportait le marché commun au vu de la cotisation que le Royaume-Uni donnait par rapport aux autres pays. En effet, ils jugeaient que cette dernière était trop élevée. Des négociations avec la CEE ont permis d’aboutir à un abaissement du prélèvement obligatoire du Royaume-Uni tout en lui permettant d’accéder au marché unique, qui par ailleurs était libre de toutes taxes et de tout protectionnisme. Le Royaume-Uni avait un intérêt très profond malgré son histoire tumultueuse à rester dans l’Union Économique au moins pour soutenir sa propre économie. En effet, la prise en mains du Royaume-Uni par les conservateurs signifiait une rupture majeure dans le modèle anglo-saxon.

Le modèle anglo-saxon ne se base pas sur la logique latine. Dès lors, ce doute s’est accru dans le temps. Le blairisme entre temps n’a pas mis fin à un scepticisme vis-à-vis du continent.

Lorsque les conservateurs et les libéraux reprennent le pouvoir, l’impacte de Margaret Thatcher sur le Royaume-Uni reste néanmoins importante. Le slogan “There is no alternative” devait signer la fracture entre les économistes néoclassiques et les keynésiens. Les débats houleux au sein de la société britannique ont fini par laisser le néolibéralisme comme le grand vainqueur malgré une opposition impitoyable qui battait le pavé sous le slogan “There Are Thousands of Alternatives”.

Le Thatchérisme a eu un impacte de nature internationale ouvrant la porte au néoconservatisme. D’autres adhérents à ces thèses comme Ronald Reagan réussirent à arracher la présidence des États-Unis d’Amérique. Dès lors, la révolution néolibérale était en marche. Soutenu par des économistes de renommé comme Milton Friedman et l’ensemble de l’École Chicago, elle changea le cour de l’Histoire pour de nombreux pays, mais aussi ironiquement pour l’ensemble des pays de la CEE qui deviendra entre temps l’Union Européenne.

Durant la crise des subprimes en 2011 suite à l’explosion d’une bulle spéculative concernant les emprunts immobiliers à taux variable et la crise de la dette souveraine notamment des “PIGS”, le summum fut atteint dans le cadre de la différence entre la cigale et la fourmi. En effet, le Royaume-Uni réalisait des efforts considérables pour améliorer ses déficits à travers des réformes structurelles et des politiques d’austérité tandis que d’autres pays laissaient le déficit s’accroître d’année en année. Dans le même temps, la crise migratoire liée aux guerres au Moyen-Orient et d’Afrique compliqua la situation du Royaume-Uni du fait qu’elle n’était pas adhérente à l’espace Schengen.

De ce fait, la défiance des Britanniques s’accrut progressivement, mais elle demandait une approche complexe. En effet, les différents peuples formant le Royaume-Uni n’interagissent pas de la même manière. Chaque pays membre de l’Union a voté de manière utilitariste.

Ainsi, les clauses du divorce qui s’annonçaient comme nous l’avons vu précédemment demeuraient presque irréalisable. La fracture entre le Royaume-Uni et l’Union européenne s’était agrandie jusqu’à devenir un sujet de préoccupation majeure pour les citoyens britanniques et en particulier pour les Anglais.

Ensuite, lors du gouvernement de David Cameron entre 2010 et 2016 naquit le projet de la “Big Society”. Il s’agit d’un modèle basé sur le philantropisme, le bénévolat et surtout de “travailler davantage” pour le bien de la société. Pendant qu’il réalise une partie de son programme en laissant toujours plus de libertés économiques et individuelles aux entreprises et aux particuliers, la crise était présente.

Lors du discours du Trône du 27 mai 2015, le Premier ministre affirma le recours à un référendum en octobre 2016. Mais dès le lendemain, “European Union Referendum Act” est déposé à la chambre des communes. Entre 2010 et 2014, David Cameron entreprend des négociations avec l’Union Européenne notamment sur les questions migratoires, la diminution de l’influence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur le pouvoir exécutif et judiciaire. De ce fait, la Loi permet le déclenchement d’une campagne officielle le 15 avril 2016.

Dans le même temps, les Grecs sont appelés aux urnes le 5 juillet 2015 pour voter au référendum organisé par l’administration d’Alexis Tsipras sur le rejet ou non des mesures d’austérité imposées par la Troïka. Le “non” l’emporte de manière très large. Les éditorialistes allannt de la tendance social-démocrate jusqu’à ceux qui se revendiquent du néolibéralisme sans complexe transforment le sens attribué à ce dernier. En effet, les partisans du “oui” considèrent qu’il n’est autre qu’une consultation démocratique pour savoir si la Grèce restera ou non dans l’Union Européenne. Le Grexit tant fantasmé par les ultralibéraux et les souverainistes n’ont pas eu lieu. Mais il y a eu un rejet assez net de la politique d’austérité européenne. Une autre alternative était possible et Syriza au pouvoir pouvait prétendre à prendre la tangente afin d’appliquer une politique néo-keynésienne afin de relancer durablement une économie qui s’était effondrée sur elle-même en raison des mémorandums successifs qui ont été appliqués par les différents gouvernements. Or, la Banque Centrale Européenne a littéralement coupé l’accès à l’argent pour les banques obligeant le jeune premier ministre grec à prendre des mesures radicales. Cet électrochoc a marqué les eurosceptiques de la brutalité, dont la Troïka peut user pour arriver à ses fins.

Contrairement au cas d’école de la Grèce, le référendum britannique n’avait aucune valeur constitutionnelle puisqu’il s’agissait dans les faits d’une simple consultation. De ce fait, elle n’entraînait aucun effet obligatoire du point de vue du droit. Au nom d’un choix démocratique réalisé sur une campagne fondée sur un ensemble de “fake news” afin d’alarmer les Britanniques notamment sur la question migratoire qui aboutira à son apogée par l’attentat terroriste contre Joe Cox alors député travailliste. La campagne a été stoppée durant quelques jours avant que l’affrontement idéologique entre le “leave” et le “remain” reprenne de plus belle. Suite à un affrontement houleux, les bureaux de vote ouvrèrent le 23 juin 2016.

Les thèses ultraconservatrices de Nigel Farage et de son parti politique ont influencé une partie de l’électorat conservateur. Ces derniers ont vu dans la solution de sortie de l’Union Européenne, un moyen de gérer la crise migratoire qui secoue l’Europe, mais aussi de réaliser toujours plus d’économie budgétaire afin de rembourser la dette publique et de tendre vers un excédent budgétaire comme le veut le modèle néoclassique.

Il est à noter également que l’UKIP réside dans le fait qu’il s’agit d’un parti dissident des Torries, mais dont les idées y sont développées à l’extrême. Il convient de souligner que l’UKIP n’est d’autre qu’un parti dissident des Torries. En se revendiquant au sein de l’opposition, Nigel Farage a multiplié les discours en se posant comme une alternative crédible aux conservateurs. Un seul bémol existait dans cette stratégie puisqu’il s’agit de mettre en place l’ensemble de l’idéologie Thatchérienne et de la dépasser.

Les Britanniques ont tranché sur une question touchant directement leur avenir d’un point de vue individuel d’abord, mais aussi d’un point de vue collectif. Le projet de société que portent les conservateurs britanniques s’inscrivait dans la ligne droite du thatchérisme. En effet, les individus sont considérés comme des êtres responsables et d’agir en fonction de leurs intérêts. Pourtant dans cette opération de communication qui devait soutenir dans le fond une démonstration de l’attachement des Britanniques à l’Union Européenne

Si les travaillistes se sont largement mobilisés en faveur du “remain” comme résultat d’une certaine cohérence au sein de la gauche. Le “leave” s’inscrivait dans le même temps dans la suite critique des différents traités européens. Quant au vote des Torries, deux pensées différentes s’y sont affrontées clivant le parti politique sur deux stratégies différentes avec deux avenirs totalement opposés.

Le 23 juin 2016 fut une date historique pour l’avenir des Britanniques, des Européens et du Monde. Le résultat donne le “leave” avec 51,89% ce qui donne une courte majorité pour une consultation de 72,21% de l’électorat britannique. La légère avance change radicalement le destin d’une majorité des électeurs. La sortie de l’Union Européenne devait être actée par l’application de l’article 50 du TFUE. Le mécanisme existait sur le papier, mais n’avait jamais été utilisé par un pays membre de l’Union Européenne. Pour les différents europhobes et eurosceptiques, il s’agit d’une victoire démocratique et d’une volonté de s’émanciper totalement de Bruxelles. Pour les nationalistes des pays de l’Union Européenne, le Brexit constitue une tangente importante sur l’avenir d’une grande démocratie que revêt le Royaume-Uni.

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© AFP

Pourtant, cela a été une défaite cuisante pour les européistes pensant qu’il s’agissait avant d’un plébiscite et d’une consultation presque routinière. Mais cela a viré à la catastrophe et interroge sur le fond de la bonne ou de la mauvaise utilisation de l’outil que peut représenter le référendum. Après la défaite du “remain”, il y a eu également un vote par pays tout à fait différent des uns des autres. Ainsi, les Écossais se sentaient comme des citoyens européens alors que les Anglais aspiraient à une appartenance très forte dans l’Union. Face à la défaite de la position européiste de David Cameron, celui-ci a démissionné de son poste du 10 Downing Street pour laisser la place à Theresa May. L’objectif de la prise de fonction par la première dame du pays résidait dans l’ouverture des négociations pour aboutir à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne dans les meilleures conditions possibles. De plus, il s’agissait d’établir un gouvernement de transition entre l’appartenance à l’Union Européenne et des traités de libre-échange entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. L’objectif résidait également dans le fait de rassurer les différents marchés et de faire face aux délocalisations de masse des sièges sociaux des grandes entreprises. En réalité, la prise du pouvoir par Theresa May devait assurer une certaine stabilité concernant les marchés financiers, mais aussi sur le marché monétaire de consolider la Livre Sterling afin qu’elle ne soit pas dévaluée entraînant une hausse mécanique de l’inflation.

Pourtant, les marchés de toute nature ont réagi par une inflation par l’offre. Certains produits devenant de plus en plus rare ont augmenté de façon mécanique. La Bank of England a dû assuré également le retour d’une possibilité de “bank run”. La situation apparaissait totalement inédite pour l’ensemble des citoyens, des associations comme des entreprises, des États et des Union d’États.

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Pendant ce temps-là, le nationalisme écossais reprenait du poil de la bête. Principalement ancré dans une logique républicaine pour la frange la plus radicale, mais aussi pro-européenne. Le référendum d’indépendance de l’Écosse du 18 septembre 2014, dont près de 55,4 % des électeurs ont refusé l’accès à la souveraineté devient entièrement caduc. En effet, les Écossais ont voté largement en faveur du maintien au sein de l’Union Européenne. le “remain” équivaut d’une fracture au sein du Royaume-Uni.

Près d’un siècle après l’indépendance de l’Eire, l’Écosse souhaite en terminer avec la tutelle de Londres. Il s’agit de mettre fin au Acts of Union de 1707 qui créa le Parlement de Grande-Bretagne.

Comment concilier le fait d’appartenir d’une part au sein de l’Union Européenne et d’autre part de rester dans le Royaume-Uni ? Cette question épineuse a réveillé et renforcé le sentiment d’appartenance à la citoyenneté européenne et de l’identité de l’Écosse au niveau de l’Europe. Ainsi, le nationalisme écossais a repris du poil de la bête avec ce soubresaut collectif concernant l’avenir et leur destin. Contrairement à d’autres formes de nationalisme que l’on peut rencontrer dans les différents mouvements régionalistes, d’indépendance ou au niveau national, il s’agit d’un nationalisme ouvert voir pour une minorité au sein du Scotish National Party (SNP) d’un nationalisme républicain s’inspirant notamment de ce qui a été réalisé en France. De plus, la vision défendue par le SNP s’inscrit dans un patriotisme, dont on pourrait retrouver les traces au sein de l’époque révolutionnaire de 1848.

Lors des élections au Parlement Écossais du 5 mai 2016, le SNP dispose d’une majorité relative, mais pas absolue avec 41,7% des suffrages exprimés. Il dépasse les travaillistes, mais forme un gouvernement minoritaire.

De ce fait, la situation de l’Écosse demeure particulièrement complexe et divise, mais la mise en place d’un nouveau référendum pour connaître l’aspiration des électeurs concernant leur avenir est sujet à débat. Cela devient même fondamental afin de connaître la position des électeurs. En effet, le “remain” peut-être traduit par une aspiration d’émancipation vis-à-vis de la couronne. Un nouvel espoir se situe également dans l’élargissement des pouvoirs prorogatifs du Parlement Écossais vis-à-vis du Parlement Britannique dans un premier temps, et l’accès à l’indépendance totale dans un second temps avec une demande d’adhésion à l’Union Européenne en cas d’accès à la souveraineté absolue à l’issue d’un choix démocratique suite à des élections législatives ou par voie référendaire.

La dichotomie entre le souverainisme absolu dont veut jouir le Royaume-Uni et la volonté de rester dans l’Union Européenne avec l’accès au marché unique et des valeurs européennes crée un sentiment paradoxal. Les uns se sentent comme des citoyens européens alors que les autres se sentent comme des citoyens britanniques. L’Écosse souhaite un avenir collectif avec des valeurs communes à d’autres pays, les autres souhaitent se renfermer dans un libéralisme à la carte. De ce fait, les pourparlers au niveau du statut particulier de l’Écosse intervenaient dans un cadre où le rêve n’était pas le même que celui de son voisin du Sud qui a voté majoritairement pour le “leave”.

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AFP

Le gouvernement convoque des élections législatives anticipées le 8 juin 2017. Les Torries gagnent un certain nombre de sièges, mais n’obtiennent pas la majorité absolue. Afin de former un gouvernement de coalition, ils décident de s’unir avec un parti politique d’extrême-droite nord-irlandais : le Parti Unioniste Démocrate (DUP). Toutefois, Theresa May n’étant pas la pièce maîtresse de l’échiquier politique britannique du faire de nombreuses concession à un parti ouvertement anti-avortement, ouvertement adepte des thèses créationnistes, etc. L’obscurantisme s’était invité à Westminster.

Le 12 décembre 2019, les élections à la chambre des communes essayent de rompre le blocage législatif dans lequel le Royaume-Uni se trouve pour faire adopter un accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Theresa May comme Borris Johnson se trouvait dans une incapacité à faire avancer les différentes négociations avec l’Union Européenne. Les Torries espéraient atteindre une majorité absolue afin d’aboutir à un texte unilatéral faisant consensus. Lors de ces élections, ils recueillent 365 sièges, soit la majorité absolue. Un résultat exceptionnel qui n’avait pas été atteint depuis 1987 sous l’ère de Margaret Thatcher. Le chaos semble s’éloigner progressivement, mais le futur nous indiquera la facture que devra payer le Royaume-Uni pour avoir retrouvé son entière indépendance monétaire, territoriale et juridique.

Aujourd’hui, le Royaume-Uni a définitivement quitté l’Union Européenne avec un accord post-Brexit du 24 décembre 2020 faisant foi pour les relations économiques entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne. Mais les conséquences seront plus importantes notamment sur le plan économique notamment en ce qu’il concerne la France. Borris Johnson souhaite utiliser le Commonwealth afin d’y créer un projet économique. Toutefois, il ne s’agira pas d’un el dorado, mais plutôt une alternative à l’Union Européenne. Toutefois, ce groupement d’Etats, dont certains sont encore sous le règne de la reine Elizabeth II. II apparaît comme la résultante de l’empire colonial britannique.

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À l’époque, je me moquais des personnes qui voulaient sortir de l’Union Européenne en se renfermant dans une forme de souverainisme réformiste pour les uns ou carrément extrémiste pour les autres. En effet, si les textes permettent chaque Etat membre de retrouver sa souveraineté et une certaine forme de liberté, les négociations risquaient d’être très compliquées au point que le Brexit était une illusion et une utopie pour de nombreux citoyens. Il existe, il est vrai, un certain ras-le-bol de la bureaucratie bruxelloise tant sur le plan des différentes réformes qu’elle conseille ou encore des différents mesures législatives liées au droit communautaire qu’elle impose aux différents Etats. Toutefois, nous avons eu le droit à une démonstration du chaos qu’il génère. Ainsi, il me semble plus optimiste de consister à réformer l’Union Européenne de l’intérieur que d’en sortir et de se retrouver dans les thèses ahurissantes de l’eurosceptisme et encore moins de l’europhobie.

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Blogueur & Journaliste indépendant

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